LLM : définition, fonctionnement et usages des grands modèles
Les grands modèles de langage qui rédigent, résument, codent et pilotent des agents : comment ils sont entraînés, comment les utiliser par API, quels fournisseurs choisir et quelles limites anticiper.
Par Équipe Blent· Mis à jour le · 15 min de lecture· Niveau débutant
LLM en bref
- Nom complet
- Large Language Model
- Traduction
- Grand modèle de langage
- Architecture
- Transformer, le plus souvent décodeur seul
- Principe
- Prédiction du token suivant
- Entraînement
- Pré-entraînement, puis alignement
- Fournisseurs
- OpenAI, Anthropic, Google, Meta, Mistral AI
- Accès
- API managée ou modèle à poids ouverts
Définition : LLM
Un LLM, ou Large Language Model, est un modèle d'intelligence artificielle entraîné sur de très grands volumes de texte pour prédire le token suivant d'une séquence. Fondé sur l'architecture Transformer et doté de milliards de paramètres, il acquiert ainsi la maîtrise de la langue, de nombreuses connaissances et des capacités de raisonnement. Après ce pré-entraînement généraliste, il est aligné par instruction tuning et apprentissage à partir de préférences humaines pour suivre des consignes. Un LLM sert à rédiger, résumer, traduire, classer, extraire de l'information, écrire du code ou piloter des agents, le plus souvent via une API ou un modèle ouvert hébergé en interne.
En une phrase : un LLM est un très grand modèle de langage qui génère du texte token par token et que l'on pilote par des instructions en langage naturel.
Dans cette définition
Qu'est-ce qu'un LLM ?
Un LLM est un modèle de langage de très grande taille : un réseau de neurones de plusieurs milliards de paramètres, entraîné sur une part considérable du texte disponible pour une seule tâche apparemment modeste, prédire le morceau de texte suivant. Ces morceaux, appelés tokens, sont des mots ou des fragments de mots. En apprenant à bien prédire le token suivant sur des milliers de milliards d'exemples, le modèle finit par capter la grammaire, le vocabulaire, des faits sur le monde, des styles d'écriture et une forme de raisonnement.
Techniquement, presque tous les LLM reposent sur l'architecture Transformer dans sa variante « décodeur seul ». Leur histoire récente est courte : OpenAI publie GPT en 2018, GPT-3 en 2020 montre qu'un modèle de 175 milliards de paramètres peut accomplir une tâche à partir de quelques exemples dans le prompt, et le lancement de ChatGPT en novembre 2022 fait découvrir le principe au grand public. Depuis, les fournisseurs se sont multipliés et les modèles sont devenus multimodaux, capables de lire des images ou des documents.
Un LLM est le cas le plus connu de modèle de fondation : un modèle généraliste, entraîné une fois à grand coût, que l'on adapte ensuite à des milliers d'usages. À l'autre bout du spectre, les SLM (Small Language Models) reprennent les mêmes principes dans un format compact, exécutable sur un poste de travail.
À retenir : un LLM ne consulte pas une base de faits. Il génère, token après token, la suite la plus probable compte tenu de ce qu'il a appris et du contexte que vous lui fournissez.
Fenêtre de contexte et paramètres de génération
À l'inférence, un LLM ne voit que ce qui tient dans sa fenêtre de contexte : instructions système, historique de la conversation, documents ajoutés et réponse en cours de génération. Cette fenêtre se mesure en tokens. Elle varie de quelques milliers à plusieurs centaines de milliers de tokens selon les modèles, mais une fenêtre plus large ne garantit pas que le modèle exploite aussi bien toute l'information : les détails noyés au milieu d'un long contexte sont plus facilement ignorés. Choisir ce qui entre dans le contexte est devenu une discipline à part entière, le context engineering.
Quelques paramètres pilotent la génération :
- Température : proche de 0, le modèle choisit presque toujours le token le plus probable (réponses stables, adaptées à l'extraction) ; plus élevée, il explore davantage (utile pour la créativité).
- Nombre maximal de tokens : plafonne la longueur de la réponse, donc le coût et la latence.
- Message système : fixe le rôle, le ton, les règles et le format de sortie attendu.
- Sortie structurée : la plupart des API savent contraindre la réponse à un schéma JSON, ce qui fiabilise l'intégration dans un programme.
Le coût d'un appel suit directement le nombre de tokens en entrée et en sortie. Une application qui renvoie tout l'historique à chaque message voit donc sa facture croître avec la longueur des conversations.
Exemple : appeler un LLM par API
La plupart des fournisseurs et des serveurs d'inférence exposent une interface compatible avec celle d'OpenAI, dite « chat completions ». Le même code peut ainsi interroger une API commerciale ou un modèle ouvert servi en local par Ollama ou en production par vLLM : seuls l'adresse, la clé et le nom du modèle changent.
import os
from openai import OpenAI
# Par défaut : un modèle ouvert servi en local par Ollama.
# Pour une API commerciale, renseignez LLM_BASE_URL, LLM_API_KEY et LLM_MODEL.
client = OpenAI(
base_url=os.getenv("LLM_BASE_URL", "http://localhost:11434/v1"),
api_key=os.getenv("LLM_API_KEY", "ollama"),
)
model = os.getenv("LLM_MODEL", "mistral")
response = client.chat.completions.create(
model=model,
temperature=0.2,
max_tokens=300,
messages=[
{
"role": "system",
"content": "Tu es un assistant RH. Réponds en trois phrases maximum.",
},
{
"role": "user",
"content": "Comment poser un jour de télétravail exceptionnel ?",
},
],
)
print(response.choices[0].message.content)
print("Tokens en entrée :", response.usage.prompt_tokens)
print("Tokens en sortie :", response.usage.completion_tokens)
Trois éléments sont à retenir. Le message système encadre le comportement du modèle. La température basse rend les réponses plus reproductibles. Enfin, l'objet usage renvoie le nombre de tokens consommés : c'est la donnée de base pour suivre les coûts. Sans document fourni, le modèle répond ici avec ses connaissances générales ; pour qu'il s'appuie sur la politique réelle de l'entreprise, il faut lui transmettre les bons passages, ce que fait un RAG.
À quoi sert un LLM en entreprise ?
Un même modèle couvre des tâches qui demandaient autrefois un modèle dédié chacune. Les usages les plus répandus relèvent de six grandes familles.
Assistant conversationnel
Répondre aux questions des collaborateurs ou des clients, souvent adossé à une base documentaire via un RAG.
Rédaction et synthèse
Résumer des réunions, des contrats ou des rapports, reformuler et traduire des contenus.
Extraction d'information
Transformer des emails, factures ou comptes rendus en données structurées exploitables (JSON, tableaux).
Classification et routage
Qualifier des tickets, détecter une intention ou un sentiment, orienter une demande vers le bon service.
Assistance au code
Générer, expliquer, tester et refactoriser du code dans l'éditeur ou en ligne de commande.
Agents IA
Planifier une tâche, appeler des outils et des API, puis vérifier le résultat avant de répondre.
Quels sont les avantages des LLM ?
L'intérêt d'un LLM tient à sa polyvalence : une seule interface, le langage naturel, pour une grande variété de tâches.
- Un seul modèle couvre de nombreuses tâches sans entraînement spécifique.
- Pilotage en langage naturel : un prompt remplace souvent des semaines de développement.
- Bonne compréhension de textes ambigus, mal structurés ou multilingues.
- Prototypage très rapide via une API, sans infrastructure d'entraînement.
- Capacités étendues par le RAG, l'appel d'outils et le fine-tuning.
- Écosystème riche : modèles propriétaires et ouverts, frameworks, outils d'évaluation.
Quelles sont les limites des LLM ?
Un LLM produit un texte plausible, pas une vérité garantie. Ses limites doivent être prises en compte dès la conception.
- Hallucinations : le modèle peut affirmer avec aplomb des faits faux ou inventer des sources.
- Connaissances figées à la date de fin d'entraînement, sauf apport de contexte externe.
- Coût proportionnel au nombre de tokens traités, qui grimpe vite avec de longs contextes.
- Latence de plusieurs secondes pour les réponses longues ou les modèles les plus grands.
- Comportement non déterministe, difficile à tester comme un programme classique.
- Risques de sécurité et de confidentialité : injection de prompt, fuite de données, biais.
Les principaux LLM et leurs fournisseurs
Le marché évolue tous les trimestres, mais quelques acteurs structurent l'offre. Les noms de versions changent vite : mieux vaut raisonner par familles et vérifier les modèles disponibles au moment du choix.
| Fournisseur | Famille de modèles | Mode d'accès |
|---|---|---|
| OpenAI | GPT | API et ChatGPT, principalement propriétaire |
| Anthropic | Claude | API et grands clouds, propriétaire |
| Gemini (et Gemma pour les modèles ouverts) | API, Google Cloud ; poids ouverts pour Gemma | |
| Meta | Llama | Poids téléchargeables, sous licence propre à Meta |
| Mistral AI | Mistral, Mixtral et modèles spécialisés | Modèles ouverts et modèles commerciaux par API |
D'autres éditeurs, notamment Alibaba avec Qwen ou DeepSeek, publient aussi des modèles à poids ouverts très suivis. Le bon choix ne se lit pas dans un classement public : il se mesure sur un jeu de questions représentatif de vos propres tâches, en comparant qualité, latence et coût.
LLM propriétaires ou ouverts : quelles différences ?
Un modèle « ouvert » met ses poids à disposition : vous pouvez le télécharger, l'héberger et le modifier, dans les limites de sa licence. Un modèle propriétaire n'est accessible qu'à travers l'API ou l'application de son éditeur.
| Critère | LLM propriétaire (API) | LLM à poids ouverts |
|---|---|---|
| Mise en route | Immédiate, une clé d'API suffit | Infrastructure GPU à prévoir, ou outil local |
| Performances | Souvent en tête des classements | Écart réduit, variable selon les tâches |
| Données | Envoyées au fournisseur, selon son contrat | Restent dans votre infrastructure |
| Coût | Paiement au token, prévisible à faible volume | Coût fixe d'infrastructure, rentable à fort volume |
| Personnalisation | Fine-tuning limité aux options du fournisseur | Fine-tuning, quantization et fusion libres |
| Dépendance | Liée aux prix et aux évolutions de l'éditeur | Maîtrise des versions et de l'hébergement |
En pratique, de nombreuses équipes réservent les modèles propriétaires les plus puissants aux tâches difficiles et confient les tâches répétitives ou sensibles à un modèle ouvert, parfois un SLM, hébergé en interne.
Quand utiliser un LLM ?
Un LLM est pertinent lorsque la tâche manipule du langage et tolère une part d'incertitude que vous savez contrôler.
La tâche relève du langage
- Les entrées sont des textes libres, variés ou mal structurés.
- La réponse attendue est rédigée, synthétique ou reformulée.
- Les règles métier sont trop nombreuses pour être codées à la main.
- Une relecture humaine ou une vérification automatique est possible.
Un autre outil fait mieux
- Un calcul exact ou une règle déterministe suffit.
- Les données sont tabulaires : un modèle de machine learning classique est plus fiable.
- Aucune erreur n'est tolérable et rien ne peut être vérifié.
- Le volume est énorme et le budget par requête quasi nul.
Modèles et outils pour travailler avec un LLM
Travailler avec un LLM implique de choisir un modèle, un moyen de le servir et un framework pour l'intégrer à une application.
- Fournisseur
OpenAI
Éditeur de la famille GPT et de ChatGPT, accessible par API.
- Fournisseur
Anthropic
Éditeur des modèles Claude, accessibles par API et via les grands clouds.
- Fournisseur
Mistral AI
Éditeur français proposant des modèles ouverts et des modèles commerciaux.
- Plateforme
Hugging Face
Hub de référence pour télécharger, comparer et partager des modèles ouverts.
- Inférence locale
Ollama
Exécution de modèles ouverts sur un poste de travail, en une commande.
- Serveur d'inférence
vLLM
Service haute performance de modèles ouverts en production, sur GPU.
- Framework
LangChain
Composants pour connecter un LLM à des documents, des outils et des agents.
- Observabilité
Langfuse
Traces, coûts et évaluation des appels à un LLM en production.
Les concepts à connaître autour des LLM
Ces notions reviennent dès qu'on conçoit, optimise ou évalue une application fondée sur un LLM.
- TokenL'unité de texte que le modèle lit, génère et facture.
- TransformerL'architecture de réseau de neurones sur laquelle reposent les LLM.
- Modèle de fondationLe paradigme du modèle généraliste adapté à de nombreuses tâches.
- RLHFL'alignement du modèle sur les préférences exprimées par des humains.
- Fine-tuningL'entraînement complémentaire qui spécialise un modèle existant.
- Tool callingLa capacité du modèle à demander l'exécution d'une fonction externe.
Ressources pour approfondir les LLM
Trois articles pour aller plus loin : le panorama complet, le choix d'un modèle et la maîtrise des coûts.
- Dossier
Large Language Models (LLM) : tout savoir
Histoire, fonctionnement et usages des grands modèles de langage.
Lire l'article - Guide
LLM : savoir lequel choisir
Les critères pour sélectionner le modèle adapté à votre cas d'usage.
Lire l'article - Comparatif
FinOps des LLM : API vs self-hosting
Comparer le coût d'une API et celui d'un modèle hébergé en interne.
Lire l'article
Questions fréquentes
Questions fréquentes
Expertise
À propos de l'auteur
Équipe Blent
Les ingénieurs et mentors Blent conçoivent, évaluent et mettent en production des applications LLM, et forment chaque année des centaines de professionnels à l'IA générative.
Sources et méthodologie
- Vaswani et al., Attention Is All You Need, NeurIPS 2017
- Brown et al., Language Models are Few-Shot Learners, NeurIPS 2020
- Ouyang et al., Training language models to follow instructions with human feedback, NeurIPS 2022
- Documentation des API OpenAI, Anthropic, Mistral AI et Ollama
- Retours d'expérience des projets et formations Blent
Comment fonctionne un LLM ?
La vie d'un LLM se déroule en deux temps : un entraînement coûteux, réalisé une fois par le fournisseur, puis une inférence répétée à chaque requête. Voici les cinq étapes clés.
Constituer le corpus
Le fournisseur rassemble des milliers de milliards de tokens : pages web filtrées, livres, code source, articles scientifiques, données multilingues. Le nettoyage et la déduplication pèsent autant que le volume sur la qualité finale.
Pré-entraîner le modèle
Le réseau apprend à prédire le token suivant sur tout le corpus, pendant des semaines, sur des milliers de GPU. Il en sort un modèle de base qui sait compléter un texte, mais pas encore répondre à une question de façon fiable.
Apprendre à suivre des instructions
L'instruction tuning (ou supervised fine-tuning) entraîne le modèle sur des paires consigne / réponse rédigées ou validées par des humains. Il apprend le format conversationnel et le rôle d'assistant.
Aligner sur les préférences
Avec le RLHF ou des méthodes voisines comme DPO, le modèle est optimisé pour produire les réponses que des évaluateurs jugent les plus utiles, honnêtes et sûres. C'est aussi à cette étape que sont travaillés les refus et la prudence.
Générer à l'inférence
À chaque requête, le texte est découpé en tokens, le modèle calcule une distribution de probabilité sur le token suivant, en tire un, l'ajoute à la séquence et recommence jusqu'à la fin de la réponse.